
Publié chez Encre de Lune Éditions
Sortie 8 juillet 2026

Extrait N°1
Le silence s’étire, lourd, presque étouffant. Puis, je le sens s’approcher. Une main ferme, mais douce s’avance vers mon visage, relevant mon menton avec délicatesse. Nos regards se croisent, et dans ses iris sombres, je lis une compréhension douloureuse.
— Tu ne peux pas me réclamer ça, dit-il enfin, sa voix brisée par une peine contenue. Tu sais très bien qu’il est hors de question que je remette les pieds là-bas.
Son ton m’ébranle.
— Même pas pour moi ?
Je joue ma dernière carte, levant des yeux suppliants vers lui, mon expression accentuée par un sourire de chien battu.
Il souffle, résigné, passant une main dans ses cheveux avec frustration.
— Tu n’es pas fair-play...
Je bondis sur mes jambes et me jette dans ses bras, entourant son cou avec une énergie soudaine. Je sens la rigidité de son corps céder, remplacée par une étreinte hésitante. Je sais que j’ai gagné.
Nous arrivons enfin devant le manoir des Coste. La demeure, avec ses murs de briques rouges et son architecture flamande, contraste avec les villas provençales environnantes. Elle dégage une aura imposante et austère. Je sens mon cœur s’alourdir en imaginant le poids des souvenirs que cet endroit doit représenter pour Frédéric.
Nous restons un instant immobiles, contemplant la façade massive. La lumière chaude des fenêtres contraste avec la froideur intimidante des murs. Je pose doucement mes doigts sur ceux de Frédéric, espérant lui transmettre un peu de courage.
— Ne t’inquiète pas, Fred. Tout va bien se passer.
Il tourne légèrement la tête vers moi, ses yeux trahissant une émotion qu’il ne parvient pas à dissimuler.
— J’en doute, murmure-t-il, sa voix rauque d’émotion.

Extrait N°2

Extrait N°3
— C’est moi que vous cherchez comme ça ?
Ma respiration s’accélère, et je reste immobile, incapable de répondre. Une chaleur douce et assurée se pose sur mon bras, m’invitant à me retourner. L’hésitation me paralyse un instant, mais une inspiration profonde m’encourage enfin à pivoter.
Il est là, debout devant moi, et son regard bleu-vert m’enveloppe, aussi profond et fascinant que les eaux d’un lagon. Je m’attarde sur chaque détail de son visage, sur la courbure imparfaite de son nez, sur sa barbe qui semble vouloir défier les conventions. Ses lèvres, pleines et délicates, attirent mon regard plus que je ne veux l’admettre.
Il m’entraîne doucement vers la piste, où le premier mouvement du Beau Danube bleu commence à s’élever. Nos pas s’ajustent à la valse, et le monde autour de nous s’efface progressivement. La salle, la musique, les regards… tout disparaît. Nous dansons dans une bulle où seul ce moment existe. Chaque tour, chaque pas me rapproche un peu plus de lui.
Je n’ai jamais cru au coup de foudre. Mais à cet instant précis, je me rends compte que tout ce que je pensais savoir sur l’amour pourrait bien s’effondrer. Peut-être me fais-je des illusions, peut-être me laisse-je emporter, mais au diable la raison. Juste pour ce moment, je veux croire que tout est possible.

Extrait N°4

Extrait N°5
Je pousse un grand soupir, le genre qui semble vouloir expulser l’excès de pensées encombrant ma tête. D’un geste un peu brusque, je retourne enfin le téléphone et appuie sur l’écran pour l’activer. La lumière bleutée éclaire mes doigts et, aussitôt, mon regard se fige. Une série de chiffres s’affiche, accompagnée d’un prénom : Ambre.
Le coin de ma bouche se soulève presque malgré moi, et un sourire idiot envahit mon visage. Elle a laissé son numéro. Non, elle m’a offert plus qu’un numéro : une porte ouverte, une promesse implicite. Je murmure son prénom pour moi-même, savourant chaque syllabe, comme si le dire à voix haute me rapprochait un peu plus d’elle.
Ambre. Rien que son prénom semble danser dans l’air, léger et envoûtant, tout comme elle l’a été ce soir. Je repose ma tête contre le dossier, mes doigts tapotant légèrement le téléphone, tandis qu’un flot d’idées et de scénarios impossibles envahit mon esprit. Pour une fois, je laisse mon imagination galoper, me permettant de rêver, juste un peu, à ce qui pourrait venir.
Je me penche vers elle, posant délicatement ma main sur sa joue. Sa peau est douce, légèrement fraîche au toucher. Avec une légère impulsion, je relève son visage pour qu’elle me regarde.
— Non, ne te cache pas.
Son regard, d’un bleu translucide cerclé de gris, se plante dans le mien. Ces yeux, si clairs qu’ils semblent presque transparents, me captivent complètement. Une intensité s’en dégage, mêlant une touche de mélancolie à une vivacité malicieuse.
— Pourquoi ? me lance-t-elle sur un ton défiant.
— Parce que sinon, je ne vois plus tes jolis yeux.
Elle arque un sourcil et, un instant plus tard, sa bouche s’étire dans un sourire ironique.
— Vraiment ? Tu n’as pas trouvé plus ringard ? Tu dis ça à toutes les filles que tu dragues ?
Sa répartie me laisse un instant sans voix, mais je reprends rapidement mon aplomb, entrant dans son jeu.
— Non, juste les plus jolies.

Extrait N°6

Extrait N°7
Je réfléchis à notre différence d’âge, à ce que mes parents, mes amis, ou même Lou pourraient en penser. Mais une conviction s’impose à moi : cela ne regarde que moi. Si Hugo et moi devons vivre quelque chose, personne n’a le droit de s’interposer. Je sais que dix ans peuvent sembler beaucoup, mais je crois fermement que l’amour n’a pas d’âge. Et si cela doit être une erreur, alors je veux qu’elle soit belle, vibrante, inoubliable.
Un sourire déterminé étire mes lèvres. Je veux profiter de la vie, jouir du répit que ma maladie m’offre pour l’instant, et vivre avec intensité. J’ai passé trop de temps à me limiter, à plier sous les attentes des autres. Maintenant, c’est à moi de prendre les rênes.
— Je veux être honnête avec toi, donc ne me coupe pas, d’accord ?
Il hoche la tête en silence, m’encourageant à continuer.
— Jusqu’à l’année dernière, j’étais gravement malade. Je me battais contre une leucémie. Grâce à une greffe de moelle osseuse, je suis maintenant en rémission.
Les mots sortent en cascade, comme un torrent que je ne peux plus contenir. Lorsque je termine, mon souffle est court, et je lève les yeux vers lui, guettant sa réaction. Mais son visage reste inexpressif, figé dans une neutralité que je ne parviens pas à décrypter.
Le silence s’étire, lourd et oppressant. Chaque seconde me semble une éternité, et une douleur sourde commence à naître dans ma poitrine. Pourquoi ne dit-il rien ? M’a-t-il seulement entendue ?
La boule dans ma gorge grossit, et mes yeux commencent à me piquer. Incapable de supporter ce mutisme glaçant, je me lève d’un bond, le cœur en vrac.

Extrait N°8

Extrait N°9
Ces pensées défilent dans mon esprit en une fraction de seconde, alors que mon corps s’abandonne complètement à la chute. L’air s’écrase contre moi avec une force inimaginable, me dérobant presque le souffle, mais une sensation inattendue s’empare de moi : celle d’être libre. Je suis suspendue dans un vide infini, et, pour la première fois depuis longtemps, je me sens totalement vivante.
Hugo me fait signe, et je déploie mes bras. L’air m’entoure, m’enlace, me soulève. Je pousse un cri, un mélange de peur et de joie pure, un son primal qui semble jaillir de mes entrailles. Les cinquante secondes de chute libre sont les plus longues et les plus courtes de ma vie. Chaque milliseconde est une explosion d’émotions.
Le monde en dessous de nous est si loin, si beau. La terre ressemble à une mosaïque lumineuse, et le ciel qui m’entoure est vaste, infini, presque écrasant. Je ne me sens pas petite. Je me sens connectée, comme si je faisais partie d’un tout plus grand que moi.